Héritage de la préhistoire, l’agroforesterie est une pratique ancienne qui s’offre aujourd’hui une nouvelle jeunesse et répond aux multiples enjeux auxquels est aujourd’hui confrontée l’agriculture. L’agroforesterie est la gestion et l’intégration des arbres, des cultures et/ou du bétail sur une même parcelle de terre et peut être une composante intégrale de l’agriculture productive. Elle peut inclure à la fois des forêts indigènes existantes et des forêts établies par les propriétaires terriens.
Qu’est-ce que l’agroforesterie ?
Selon l’Association Française d’Agroforesterie, « l’agroforesterie désigne les pratiques, nouvelles ou historiques, associant arbres, cultures et/ou animaux sur une même parcelle agricole en bordure ou en plein champ ». Elle intègre les arbres dans les exploitations agricoles et dans les paysages agricoles, l’agriculture dans les forêts et le long des lisières des forêts et propose également la production de cultures arboricoles, notamment le cacao, le café, le caoutchouc et le palmier à huile. Les interactions entre les arbres et les autres composantes de l’agriculture peuvent être importantes à différentes échelles : dans les champs (où les arbres et les cultures sont cultivés ensemble), dans les exploitations agricoles (où les arbres peuvent fournir du fourrage pour le bétail, du carburant, de la nourriture, un abri ou un revenu à partir de produits comme le bois) et dans les paysages (où les utilisations des terres agricoles et forestières se combinent pour déterminer la fourniture de services écosystémiques). En effet, le concept d’agriculture durable implique à la fois des exploitations de petite et de grande taille.
Baptiste Miremont, Chef de projet paysage chez Cultures en Ville voit l’agroforesterie ainsi : « L’agroforesterie joue avec les strates et les temporalités en associant les végétaux ligneux aux plantes vivaces ou annuelles. Sur une même parcelle de culture, on peut donc avoir jusqu’à 5 strates différentes, de l’arbre au couvre sol. On cultive aussi bien une plante qu’on pourra récolter un mois après la plantation qu’un arbre qui mettra 5-6 ans à porter ses premiers fruits.
Comme toujours, on s’inspire des cycles naturels et de l’effet de lisière, cet endroit si particulier et si écologiquement riche où se fondent des milieux différents comme la forêt et la prairie par exemple. En tant que paysagiste, il me semble que c’est là un des apports de l’agroforesterie en ville : cette sensibilisation à la richesse et à l’intelligence du vivant, de ce qu’on pourrait appeler le “génie naturel”».

Quels sont les avantages de l'agroforesterie ?
Les systèmes agroforestiers peuvent présenter de nombreux avantages tels que :
- Le contrôle du ruissellement et de l’érosion des sols, réduisant ainsi les pertes d’eau, de matières du sol, de matières organiques et de nutriments.
- Le maintien des propriétés physiques du sol plus favorables que l’agriculture, grâce au maintien de la matière organique et aux effets des racines des arbres.
- L’utilisation de l’énergie solaire plus efficace que les systèmes à monocultures ; les plantes de différentes hauteurs, la forme et l’alignement des feuilles y contribuent tous.
- Ils peuvent entraîner une réduction des insectes nuisibles et des maladies associées.
- L’agroforesterie peut augmenter la disponibilité en eau du sol pour les systèmes d’utilisation des terres. Dans les régions sèches, cependant, la concurrence entre les arbres et les cultures est un problème majeur.
- Les arbres et les arbustes qui fixent l’azote peuvent augmenter considérablement les apports d’azote aux systèmes agroforestiers.
- Les arbres peuvent probablement augmenter les apports de nutriments aux systèmes agroforestiers en les récupérant dans les horizons inférieurs du sol et en altérant la roche.
- La décomposition des arbres et l’élagage peuvent contribuer de manière substantielle au maintien de la fertilité des sols.
- La libération des éléments nutritifs provenant de la décomposition des résidus d’arbres peut être synchronisée avec les besoins d’absorption des éléments nutritifs des cultures associées.
- L’agroforesterie peut permettre de diversifier l’économie agricole et de stimuler l’ensemble de l’économie rurale, ce qui se traduit par une plus grande stabilité des exploitations et des communautés.
Cultures en Ville et l'agroforesterie
Au sein de Cultures en Ville, nous avons alors cet objectif de remettre l’agriculture au cœur du fonctionnement des espaces urbains. Notamment à travers la création d’une agroforêt urbaine et comestible : Sylvia. Comme point de départ d’une filière et d’un écosystème parisien autour des fruits à coque.

Ce projet est une grande étape pour Cultures en Ville. Ainsi, comme l’a montré Baptiste Miremont, porteur du projet, lors de la remise des prix Parisculteurs 4 : “c’est un projet original car il s’inscrit dans le temps long et pose la question de l’autonomie alimentaire dans l’agriculture urbaine avec la production de fruits à coque”. Montrant alors l’objectif premier d’une agroforêt pour “nourrir les hommes” mais aussi un autre point primordial avec Antoine Juvin, co-fondateur, qui l’aborde. Avec Sylvia, “on voulait aller au-delà de la production avec la remise en question de l’appropriation de ce terrain afin de redonner sa fonction première au sol, celle d’accueillir la vie”, se réapproprier le terrain en travaillant sur la base de son sol, en le creusant etc.

Sylvia permet donc de réunir l’ensemble des avantages de l’agroforesterie de sa mise en place sur notre terrain si particulier, un ancien parking, à sa mise en terre selon un certain nombre d’arbres, de haies et enfin sur sa production pour créer, à terme, la première farine 100% parisienne. Il s’agit d’une tentative d’adapter l’agroforesterie à la contrainte d’un milieu urbain et d’un sol perturbé.
Pour conclure, l’agroforesterie est une pratique qui monte dans le milieu rural et dont l’agriculture urbaine commence tout juste à s’emparer. Elle est de plus en plus utilisée ces dernières années car ces retrouvailles entre l’agriculture et les arbres sont sources de multiples bienfaits, pour la biodiversité et pour les individus.

